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Si le Grenelle de l'environnement tente très légitimement
de répondre aux inquiétudes d'un consommateur soucieux de
son alimentation et de sa santé, les établissements de restauration
collective n'ont pas attendu l'intervention des pouvoirs publics pour
défendre le bio. Reste maintenant à rattraper notre retard
par rapport à nos voisins européens et à atteindre
le " fameux " objectif de 20 %
De plus en plus de communes, de départements et de régions
décident d'introduire le bio en restauration collective ou d'élargir
la gamme des produits bio déjà proposés. Les formules
retenues sont très variables d'un restaurant à l'autre.
Certains chefs choisissent d'organiser des repas entièrement bio,
d'autres d'introduire les produits un à un pour en augmenter le
nombre et la fréquence par la suite. Idem pour le mode de fabrication
de ces repas qui diffèrent lui aussi très largement selon
les établissements. Si le secteur de la restauration concédée
connaît un fort développement sur le bio, l'introduction
du bio en restauration collective demeure très majoritairement
le fait de la gestion directe. " La régie directe est effectivement
le premier fournisseur de repas bio en restauration collective avec pas
moins de neuf millions de repas distribués l'an passé ",
confirme Bruno Berthier, président de l'Association de la Restauration
collective en Gestion directe (C.C.C.). Sur le terrain, les élus
locaux sont les premiers à reconnaître les avantages de l'autogestion.
" Les cuisines autogérées constituent le meilleur mode
de production pour introduire le bio en passant par des fournisseurs locaux
", explique Catherine Brette, Conseillère générale
de l'Isère en charge du programme " Manger Bio et autrement
".
Acheter du bio : facile à dire mais
Si la gestion directe apparaît comme un modèle de production
particulièrement adapté, la réglementation est globalement
favorable à l'introduction des produits biologiques en restauration
collective : un chef qui utilise des ingrédients bio dans ses menus
n'est pas dans l'obligation de faire certifier son activité par
un organisme agréé. Néanmoins, il ne doit pas y avoir
" tromperie du consommateur " sur ce qui est réellement
bio dans le plat ou le menu servi (Règlement CEE 2092/91). En cas
de contrôle par les services de l'Etat, les professionnels de la
restauration collective doivent être en mesure de fournir tous les
justificatifs démontrant que leurs menus sont composés avec
des produits issus de l'agriculture biologique. Bref, avant chaque achat,
il est essentiel de s'assurer que les produits choisis sont bien bio en
demandant au fournisseur un certificat en cours de validité. Malgré
des modes de production adaptés et une législation plutôt
souple, les obstacles à l'introduction du bio en restauration collective
demeurent pourtant nombreux et expliquent en partie le retard de la France
dans ce domaine. Les principaux concernent bien sûr les approvisionnements
- volumes insuffisants et offre partiellement inadaptée - et les
surcoûts occasionnés par l'acquisition de produits issus
de l'agriculture biologique. Au-delà, de l'avis de l'ensemble des
acteurs du marché, l'actuel Code des Marchés publics s'avère
inadapté à l'achat d'ingrédients bio par les établissements.
" Un gros travail est nécessaire à ce niveau afin de
permettre une meilleure prise en compte de ces produits au niveau des
appels d'offres ", explique Henri Thépaut, président
de la Fédération nationale de l'Agriculture biologique (FNAB).Même
écho du côté du Ministère de l'Ecologie, de
l'Energie, du Développement durable et de l'Aménagement
du Territoire (MEEDDAT) où Martin Bortzmeyer, chef du bureau Agriculture,
Industries et Infrastructures énergétiques, précise
que " le Code des Marchés publics ne permet pas par ailleurs
d'introduire le critère " local " au niveau de l'appel
d'offres en produits bio ".
Qu'il est bio mon réseau !
Qu'à cela ne tienne, les professionnels de la restauration et leurs
partenaires redoublent d'ingéniosité afin de lever les obstacles
sur le terrain. L'achat de produits bio en petites quantités permet,
par exemple, d'acheter hors marché public. Si cette " solution
" est envisageable sur le court terme, elle ne permet pas toutefois
aux établissements de s'inscrire dans une réelle démarche
nutritionnelle biologique. C'est la raison pour laquelle de plus en plus
de lycées et collèges développent des réseaux
locaux intégrant les agriculteurs et transformateurs bio de leurs
départements ou régions. " Afin de privilégier
un approvisionnement de proximité tout en respectant la réglementation
des marchés publics, il est nécessaire de développer
des réseaux au niveau local ", confirme Catherine Brette.
Parmi les expériences méritant d'être signalées,
notons celle du Conseil général de la Côte-d'Or qui
s'est allié à quelque 150 exploitants agriculteurs bio du
département pour mettre sur pied une légumerie biologique
de transformation de 4e gamme afin de fournir les restaurants scolaires
des lycées du département. " L'objectif est de transformer
quotidiennement 600 kg de légumes biologiques, soit 100 tonnes
annuelles, pour les proposer aux établissements scolaires. Plusieurs
lycées ont déjà manifesté leur intérêt
et les premières portions ont été proposées
début 2008 ", explique Bernard Krempp, président du
Groupement des agrobiologistes de la Côte-d'Or (GAB 21).Des initiatives
d'autant plus pertinentes que ce type de réseau local peut être
relayé sur le terrain par les plates-formes régionales mises
en place par la FNAB. " L'idée est de faire du commerce autrement,
en réunissant producteurs, transformateurs et restaurateurs au
sein de coopératives ", précise Henri Thépaut.
Surcoût ? Quelques trucs et astuces
Au-delà, la fédération met en place un réseau
de fournisseurs organisés en groupements régionaux. Elle
étudie les besoins des établissements et établit
un programme. En fonction des attentes des restaurants scolaires et de
leurs menus, la FNAB propose les fournisseurs les plus appropriés.
" Pour résumer, notre connaissance du terrain nous permet
d'avoir un rôle de coordination entre fournisseurs, distributeurs
et restaurants scolaires ", précise Eric Grunewald. Résultat,
21 groupements régionaux sont aujourd'hui impliqués dans
des opérations d'introduction du bio en restauration collective
et l'organisation en réseau permet de pallier les problèmes
évoqués plus haut. Elle offre notamment la possibilité
de s'approvisionner directement auprès des producteurs et de leurs
groupements avec, à terme, la garantie d'une logistique appropriée
et d'une régularité des livraisons. Parallèlement,
en permettant le groupement des achats - un peu à l'image d'une
centrale -, elle rend possible la réalisation d'économies
de nature à limiter le surcoût occasionné par l'introduction
du bio au menu de l'établissement. D'autres moyens très
simples peuvent également être mis en uvre afin de
maîtriser davantage ces coûts. L'un d'entre eux consiste tout
simplement à bien choisir ses produits. Sur ce point, chaque établissement
a ses " trucs et astuces "
Certains privilégient
ainsi les produits de saison, d'autres les protéines végétales
par rapport aux protéines animales. D'autres encore choisissent
d'économiser sur les assaisonnements et autres aides culinaires
pour acheter davantage de bio. Il est vrai que la qualité des produits
issus de l'agriculture biologique, qu'il s'agisse de légumes ou
de viandes, permet de se passer de certains faire-valoir. La démarche
de certains restaurants collectifs est ainsi de revenir au produit brut.
" Si l'on prend par exemple un poulet fermier bio, sa qualité
se suffit à lui-même. On peut donc le servir simplement rôti
", explique René-Pierre Brachet, chef au lycée professionnel
de Romainville en Ile-de-France.
Cuisiner des produits bio revient-il si cher ?
"Non! ", répond d'emblée Jean- Michel Serisier,
responsable de la restauration scolaire à Mûrs Erigné,
dans le Maine-et-Loire, " Le surcoût est à minimiser
car nous avons beaucoup moins de perte à la cuisson. On remarque,
par exemple, que la viande fond de 10 à 15 % de moins qu'une viande
traditionnelle. Ce qui permet l'achat de quantité moindre, diminuant
d'autant le coût de ces produits ". Enfin, il est également
possible d'alterner le bio avec d'autres produits sous signe de qualité
(AOC, Label Rouge, produits fermiers, etc.). " L'équilibre
nutritionnel d'un repas passe également par l'ouverture à
des produits de qualité pas forcément certifiés bio
", reconnaît ainsi Catherine Brette, " notre approche
dans l'Isère est de privilégier le bio tout en restant ouvert
aux autres productions locales, non seulement pour limiter le surcoût,
mais également l'impact environnemental du transport des produits
".Malheureusement, si l'Etat se veut " exemplaire " en
matière de qualité nutritionnelle des repas servis en restauration
collective notamment au travers de la circulaire ministérielle
du 2 mai 2008 en faveur des produits biologiques, il fait curieusement
l'impasse sur les autres produits sous signe de qualité. La loi
récemment votée et faisant suite aux conclusions du Grenelle
n'y fait pas plus référence
Peut-on sérieusement
envisager l'avenir de la restauration collective à travers le seul
prisme du bio? Oui, peut-être, mais alors à condition de
donner les moyens nécessaires à la filière. Justement,
le silence est tout aussi grand sur les moyens à mettre en uvre
afin d'assurer l'éducation nutritionnelle du convive. Avant de
foncer tête baissée sur le tout bio, n'est-il pas nécessaire
de s'assurer que les jeunes convives font bien le lien entre une alimentation
équilibrée, leur santé et l'environnement? Si les
efforts dont font aujourd'hui preuve ensemble les établissements
de restauration collective, les agriculteurs et les transformateurs sont
remarquables d'énergie et de sincérité, chacun s'accorde
à reconnaître l'importance d'avoir une politique d'accompagnement
forte au niveau national. Pour Edith Mercier, directrice de l'Agence Bio,
" l'avenir du bio en restauration collective passe ainsi par un engagement
sur plusieurs années de tous les acteurs publiques, Etat et collectivités
". Les différents intervenants de la filière bio en
restauration collective se sentent donc un peu seuls. Et pour cause. Le
8 octobre dernier, Michel Barnier, ministre de l'Agriculture et de la
Pêche, annonçait aux 400 participants des Assises nationales
du Bio, le déblocage d'une enveloppe de 12 millions d'euros pour
l'agriculture biologique française en 2009. Est-ce réellement
une somme suffisante pour inscrire, dans la durée, l'action de
l'ensemble des acteurs de la filière et permettre à la France
de rattraper son retard par rapport à ses voisins européens?
Assurément, non. La conversion d'une exploitation traditionnelle
au bio nécessitant deux années de travail a minima, cette
somme suffirait à peine à couvrir les besoins des agriculteurs
sur la première année, selon la FNAB. En outre, à
titre comparatif, l'Andalousie s'est dotée l'an passé d'un
budget de 325 millions d'euros pour développer son agriculture
biologique sur la période 2007-2013, soit 65 millions d'euros par
an à l'échelle d'une seule région
3 questions à La Fondation
Nicolas Hulot
Alors qu'il serait possible de " mixer " produits bio et
autres produits sous signe de qualité, le Grenelle de l'Environnement
et le texte voté en octobre dernier par les députés
font l'impasse sur ces produits, pourquoi ce silence selon vous ?
Concernant la restauration collective, la Fondation Nicolas Hulot a pris
soin de poser des critères de proximité et de qualité
lors du Grenelle de l'Environnement. Le bio n'est bien sûr qu'un
signe de qualité. C'est la raison pour laquelle il est important
de ne pas trop le valoriser par rapport aux autres produits. Malheureusement,
dans le texte venant d'être voté, seul le bio transparaît
La question est de savoir comment qualifie-t'on un produit de qualité
et de proximité dans le cadre d'un texte de loi. Pour l'heure,
il n'existe aucun label, ni aucune AOC pour cela. D'où la seule
prise en compte du bio.
La France n'arrive qu'en 5e position avec seulement 8 % de la surface
agricole utile consacrée au bio ; en outre le nombre d'exploitations
agricoles françaises évoluant vers le bio est au point mort,
ne faut-il pas s'inquiéter de cette situation ?
Si l'on met en parallèle, d'une part objectifs et moyens annoncés
et d'autre part, les conditions mêmes du déploiement de ces
moyens, on peut être légitimement inquiet. D'autant que les
frais d'installation sont énormes pour les agriculteurs. Sur la
seule région de Bretagne, par exemple, des centaines d'exploitants
souhaitent s'installer, mais il n'y a pas de terrains adaptés pour
les accueillir
et rien n'est proposé dans la récente
loi votée à ce sujet. Heureusement, certaines collectivités
s'engagent dans ce sens en achetant du foncier pour l'agriculteur s'engageant
à produire du bio. La taxe départementale " Espace
naturel sensible " peut ainsi aider ces exploitants. De tels outils
méritent d'être développés, alors pourquoi
ne pas élargir les champs des compétences des départements
?
Les moyens accordés à l'agriculture bio française
sont insuffisants, comment peut-elle rattraper son retard et atteindre
les objectifs d'ici 2012 ?
Nous sommes très inquiets sur le décalage entre les annonces
du gouvernement et les moyens accordés. Notamment au niveau de
la politique agricole commune (PAC) pour laquelle il est important de
faire preuve d'une volonté plus manifeste. La Fondation Nicolas
Hulot propose par exemple depuis deux ans qu'une partie des moyens affectés
à la PAC aille directement à la restauration collective.
Bref, nous saluons le mouvement engagé par le gouvernement, mais
les moyens annoncés sont très faibles. Là où
le danger est le plus grand est d'impulser une demande qui serait supérieure
à l'offre. C'est d'ailleurs déjà le cas
Le
risque est de favoriser une filière d'importation. C'est ce qui
risque de se passer si les moyens nécessaires ne sont pas déployés
au niveau national.
Jean-Jacques Blanchon, Coordinateur biodiversité agriculture
et territoire à la Fondation Nicolas Hulot
La France est à la traîne
L'Italie est le premier pays européen " bio " avec
plus d'un million d'hectares, soit 17% de la surface agricole utile bio
de l'Union européenne. L'Espagne suit de près avec 14 %,
tandis que l'Allemagne totalise 12 % devant les 9 % du Royaume-Uni. Avec
8 % de la SAU bio européenne, la France n'arrive qu'en cinquième
position alors qu'elle regroupe 22 % des terres cultivées en Europe,
tous types de cultures confondues
Si un petit Français sur
cinq a déjà eu un repas bio à l'école, le
fossé se creuse avec la plupart de nos voisins européens.
Certes, presque dix millions de repas bio ont été distribués
dans les établissements de l'hexagone en 2007, mais en Italie les
restaurants scolaires en servent un million
par jour. Idem en Allemagne
où la moitié des repas servis dans les restaurants universitaires
sont bio.
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