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Un débat animé par Philippe BAILLY, directeur et fondateur
de NPA Conseil.
Etaient présents : Philippe ALESSANDRI (Président de Télé
Images Kids), Monique DAGNAUD (Directrice de recherche au CNRS, ancien
membre du CSA), François DEPLANCK (Directeur du pôle Jeunesse
du groupe Canal+), Emmanuelle GUILBART (Présidente de Gulli), Armelle
LE BIGOT MACAUX (Présidente d'ABC+), Docteur Brigitte MILHAU (médecin
généraliste et journaliste), Valérie PLANCHEZ (Directrice
de Havas Media Intelligence), Kaoukeb RICHARD ALAOUI (conseillère
municipale de la ville d'Asnières-sur-Seine, qui a souscrit au
programme EPODE) et Professeur Patrick TOUNIAN (Pédiatre à
l'hôpital pour enfants Armand Trousseau à Paris, auteur de
l'ouvrage Obésité Infantile : on fait fausse route !).
Les causes de l'obésité et du surpoids
Armelle Le Bigot Macaux, dont le cabinet ABC+ a réalisé
en mars 2007 une étude intitulée Quid du cadre législatif
de la publicité alimentaire à destination des enfants
selon les experts ?, a introduit la table-ronde en dressant la liste des
éléments qui, selon les experts qu'elle a interrogés,
sont vecteurs de surpoids :
- le stress permanent des enfants ;
- l'absence d'enseignement au goût de la part des parents (et plus
précisément des mères de famille), notamment par
manque de temps ;
- le laxisme des parents face aux demandes des enfants en sucreries ou
produits trop gras ;
- l'appartenance à une catégorie socioprofessionnelle peu
aisée (des moyens financiers suffisants entraînent plus facilement
de meilleures habitudes alimentaires) ;
- l'influence de la télévision (elle comble la solitude
de l'enfant, est mis en cause également l'absence de décryptage
du média, en particulier de la publicité) ;
- la sédentarité progressive des enfants (absence d'activités
sportives, renforcée par la télévision).
Les messages sanitaires sont à double tranchant : on montre du
doigt les effets négatifs de la nourriture alors que celle-ci bénéficie
plutôt d'une image positive auprès des enfants (découverte
du goût, nécessité vitale). La stigmatisation des
enfants en surpoids peut aboutir à des cas d'adolescents dépressifs
ou souffrant de troubles du comportement alimentaire (ex : anorexie).
Pour le Professeur Patrick Tounian, il semble évident que nous
vivons dans un environnement " obésogène " (ou
" obésitogène ", selon le terme du Dr. Brigitte
Milhau), qui empêche les parents d'être pleinement en mesure
d'assurer l'éducation de leurs enfants au goût et aux bonnes
pratiques alimentaires. Ils se sentent perdus parmi toutes les injonctions
culpabilisantes au " bien-manger " et les multiples messages
nutritionnels, parfois contradictoires. En outre, il convient de bien
différencier, notamment dans les campagnes d'information, l'obésité
et le surpoids : l'obésité désigne un handicap lié
au patrimoine génétique, alors que le surpoids est déterminé
par de mauvaises habitudes alimentaires. Dès lors, un quart seulement
des enfants français est susceptible d'être concerné
par l'obésité. Dans la plupart des démocraties occidentales
(France, Suède, Suisse, Espagne, Etats-Unis, Lituanie), le taux
d'obésité touchant la population et plus particulièrement
les enfants stagne depuis 15 ans.
Le Pr. Tounian réfute le laxisme comme cause de surpoids. Si le
laxisme des parents est assez généralisé, tous les
enfants ne souffrent pas pour autant de problèmes de poids. En
revanche, la peur de l'obésité provoquerait chez certains
parents des réactions excessives (restrictions alimentaires, stigmatisation
de certains aliments). Plutôt qu'une injonction collective, la lutte
contre le surpoids nécessite un dépistage précoce
associé à un meilleur ciblage (même si la promotion
généralisée du sport et de la consommation de légumes
reste essentielle).
Pour le pédiatre, il convient également de faire évoluer
le lieu commun " milieu défavorisé Ò problème
de surpoids ", car c'est la discrimination des personnes en surpoids
par nos sociétés qui poussent ces dernières (malgré
de bonnes études ou un milieu familial initial aisé) vers
les catégories CSP -.
Selon Monique Dagnaud, il ne faut pas sous-estimer l'impact de l'environnement
culturel : alimentation, schéma familial (les divorces notamment).
La publicité télévisée n'est que la partie
émergente et aisément critiquable d'un iceberg nommé
industrie agro-alimentaire. La société dans laquelle nous
vivons nous fait baigner dans une logique de plaisir et crée de
nouveaux besoins, voire des addictions, notamment alimentaires.
Les solutions aux problèmes de surpoids
Kaoukeb Richard Alaoui évoque le programme Epode auquel souscrit
la ville d'Asnières-sur-Seine (en partenariat avec l'Education
nationale) et qui se compose de trois phases : dépistage annuel
des éventuels problèmes de surpoids chez les enfants de5
à 12 ans, information/sensibilisation des familles, conseils socio-diététiques
personnalisés. Le programme consiste à faire découvrir
des aliments à travers des " goûters équilibrés
", à valoriser l'activité physique, à renforcer
l'idée du repas convivial et équilibré, etc. Le dépistage
permet d'obtenir une photographie de l'état de prévalence
du surpoids et de l'obésité sur la ville par quartier et
de repérer les enfants concernés. La Ville estime que ces
dynamiques d'actions, de projets, reposent sur un travail de réseau
et de terrain, et sont en expérimentation constante. Cette politique
d'action globale et personnalisée a généré
des effets positifs : le nombre d'enfants obèse ou en surpoids
a baissé de 1% par an.
Philippe Alessandri indique que les acteurs professionnels concernés,
notamment au sein du SPFA, travaillent actuellement à l'élaboration
d'une charte de bonne conduite permettant d'intégrer dans le comportement
des héros des productions jeunesse de bonnes habitudes alimentaires
mais également de mettre ces derniers à contribution pour
promouvoir des actions d'éducation et de prévention. Il
rappelle que la France se situe au 3ème rang des pays producteurs
d'uvres d'animation. Il faudrait investir dans des programmes responsables,
où les bonnes pratiques (activités sportives, alimentation
équilibrée) seraient présentées de manière
ludique. Ainsi le dessin animé Popeye a-t-il permis de valoriser
la consommation d'épinards auprès des enfants. A l'inverse,
un dessin animé comme Scoubidou, dans lequel le héros et
son compagnon ingurgitent des hamburgers et autres aliments non conseillés,
semble aujourd'hui peu en phase avec la prise de conscience des acteurs
audiovisuels sur le surpoids.
Les impacts d'une restriction publicitaire sur le secteur audiovisuel
Imposer des restrictions sur l'insertion publicitaire pour certains
aliments lors des programmes pour enfants, ainsi que l'envisage la ministre
de la Santé Roselyne Bachelot, implique de vrais risques économiques.
Comme l'indique Valérie Planchez, de Havas Média Intelligence,
une trop grande stigmatisation de certaines marques peut signifier à
la fois une sortie du marché pour les annonceurs incriminés
et une très large baisse des recettes publicitaires pour les acteurs
audiovisuels, en particulier les chaînes jeunesse. En 2007, le secteur
alimentaire a investi 1,4 milliard € en télévision.
Les chaînes jeunesse ont bénéficié de 80 millions,
dont 70% a permis de financer des programmes d'animation.
P. Alessandri souligne qu'en Suède, le bannissement de la publicité
alimentaire destinée aux enfants a entraîné une restriction
des programmes jeunesse dans les grilles de programmes jeunesse généralistes.
En effet, alors que la moyenne des programmes dédiés à
la jeunesse sur l'ensemble de la grille est de 7,5% en Europe, elle n'est
que de 3% en Suède. De plus, étant donné que la durée
d'écoute des enfants suédois est dans la moyenne européenne,
cela signifie qu'ils regardent des programmes qui ne leur sont pas spécifiquement
dédiés.
Ainsi, les enfants regardent très fréquemment des programmes
qui ne leur sont pas spécifiquement destinés. Selon Emmanuelle
Guilbart, la baisse forcée des investissements publicitaires aura
nécessairement des répercussions sur les commandes passées
aux producteurs de programmes pour enfants. En réponse à
Monique Dagnaud, qui cite la réglementation de l'Ofcom en exemple,
elle rappelle que l'écosystème français des chaînes
jeunesse est très différent. En effet, les chaînes
leader en audience appartiennent à des groupes privés français
et sont le plus souvent gratuites car financées par la publicité.
Il existe donc un sérieux risque de déséquilibre
du secteur audiovisuel. Entre 20% et 30% du chiffre d'affaires de Gulli
provient des investissements des annonceurs du secteur alimentaire. Si
les propositions de la ministre Bachelot étaient votées,
E. Guilbart prévoit pour impact immédiat tant une baisse
des revenus qu'une réduction des dépenses en production
propre et en coproduction.
Ces dangers inquiètent un peu moins François Deplanck,
qui rappelle que Canal+ est un groupe de chaînes payantes, Mais
F. Delplanck souligne que la publicité télévisée
n'est qu'un aspect parmi d'autres de la logique publicitaire : si la télévision
est soumise à des restrictions en ce domaine, alors il doit en
être de même de l'affichage et de l'Internet.
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