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La cinquième édition des Rencontres du Groupe de Réflexion
sur l'Obésité et le Surpoids (GROS) s'est déroulée
les 17 et 18 octobre. Nous en avons extrait pour vous deux interventions.
Quelques définitions
- Addiction : caractéristique comportementale qui se reconnaît
à une envie constante et irrépressible, en dépit
de la motivation et des efforts du sujet pour y échapper. Les addictions
les plus courantes concernent des substances plus ou moins toxiques (caféine,
nicotine, héroïne...). L'addiction à une activité
serait liée à une libération d'endorphines par l'organisme.
Lorsqu'elles sont libérées en forte quantité, elles
peuvent créer un sentiment d'euphorie.
- Compulsion : force intérieure qui pousse à accomplir un
acte, même s'il est désapprouvé.
- Dépendance : Le DSM IV, outil de classification utilisé
pour définir précisément les troubles mentaux, comptabilise
7 signes : poursuite de la consommation malgré la conscience des
problèmes qu'elle engendre, syndrome de sevrage en cas d'arrêt,
incapacité à gérer sa propre consommation, efforts
infructueux à la contrôler
L'apparition d'au moins
3 de ces 7 signes, sur une période d'un an, définit la dépendance.
- Substance psychoactive : substance qui agit sur le psychisme (le mental)
en modifiant son fonctionnement. Elle peut entraîner des changements
dans les perceptions, l'humeur, le comportement...
- Substance stupéfiante : substance psychotrope (qui agit sur le
cerveau) dont l'usage répété conduit à une
dépendance.
La chocolatomanie
La chocolatomanie peut se définir comme le besoin irrépressible
de consommer une quantité importante de chocolat chaque jour. Le
consensus minimal est de 50 g par jour. Ce sont les femmes qui représentent
plus des trois quarts des sujets concernés dans les études.
La majorité des chocolatomanes présentent des antécédents
dépressifs. Ils déclarent que le chocolat augmente leur
énergie, leur procure du plaisir et un sentiment de détente.
Ils signalent également un effet anxiolytique. La population des
chocolatomanes se distingue de celle des boulimiques par le fait qu'ils
ont majoritairement un IMC normal, ne vomissent pas et conservent dans
l'ensemble une structure " traditionnelle " de repas. La consommation
de chocolat est vécue entre recherche de récompense et culpabilité.
Des travaux ont tenté de corréler les compulsions les plus
fréquemment observées aux substances psychoactives du cacao.
Il s'agit notamment de la tyramine, de la phényléthylamine
ainsi que de la caféine et de la théobromine. Plusieurs
conditions sont nécessaires pour que ces substances puissent jouer
un rôle au niveau du cerveau.
- Elles doivent être présentes dans le cacao à dose
stimulante, voire euphorisante.
- Les mêmes compulsions doivent pouvoir être observées
avec tous les aliments qui les contiendraient et pas avec ceux qui ne
les contiendraient pas.
- Les compulsions doivent pouvoir être réduites par l'ingestion
des substances actives en l'absence de l'aliment (ici, le chocolat) pour
lequel le sujet éprouve ces besoins compulsifs.
- Divers arguments plaident en faveur du caractère non addictif
du chocolat .
- Le fait qu'il n'y ait que la caféine et la théobromine
qui puissent atteindre le cerveau en quantité suffisante pour être
psychoactives.
- Le fait que les substances psychoactives du chocolat soient présentes
dans une grande variété d'aliments.
- Le fait que des capsules de placebo ne modifient pas davantage les compulsions
au chocolat que la poudre de cacao prise isolément.
- ... En fin de compte, le chocolat reste mystérieux en raison
de propriétés nombreuses et complexes. C'est un antidépresseur
et un euphorisant léger. Il peut apporter du réconfort à
des sujets fragiles qui connaissent une mauvaise passe. Accessible et
anti-stress et d'un rapport coût-efficacité inégalable,
il stimule nos systèmes de récompense, dopamine certes,
mais aussi sérotonine et surtout endorphines.
En somme le chocolat a tout pour plaire, ce qui n'est pas étonnant
pour un produit qui comporte plusieurs centaines de composants !
Comme le disait un anonyme : " le chocolat est meilleur marché
qu'une thérapie et on n'a pas besoin de rendez-vous ". Docteur
Bernard WAYSFELD, Paris.
Existe-t-il des addictions au sucre ?
Le sucre ou les sucres, le saccharose, le glucose ou tout autre mono-
ou disaccharide à saveur sucrée sont fondamentalement différents
des substances stupéfiantes classiques. Ce sont des produits alimentaires
indispensables au maintien de la vie, tant par leur action métabolique
que leurs effets sensoriels. La saveur sucrée est notamment incontournable
pour l'acquisition des préférences et des apprentissages
qui président à l'organisation du comportement alimentaire
dans sa fonction régulatrice de l'équilibre énergétique.
Donc, s'il y a une addiction au sucre, serait-elle nécessaire voire
obligatoire car indispensable à l'homéostasie nutritionnelle
de l'homme ? Des études ont été faites chez l'animal
de laboratoire. Elles renforcent l'hypothèse que la consommation
de grandes quantités de sucres par des rats favorise l'établissement
d'un état d'addiction. Cependant, comme souvent en science, la
possibilité d'induire une addiction au sucre chez l'animal a été
contestée par d'autres chercheurs. Chez l'homme, en analysant les
critères de la dépendance tels que définis par le
DSM IV, on peut marginalement admettre que dans quelques cas, un attrait
excessif pour des produits sucrés puisse se rapprocher d'une certaine
dépendance. Ce point de vue est cependant contestable. En effet,
peut-on assimiler le risque de surcharge pondérale, que comporte
indubitablement une consommation excessive de boissons sucrées,
à "l'altération du fonctionnement corporel ou à
une souffrance clinique significative" qui en résulte, et
caractérise normalement la dépendance aux substances stupéfiantes
? Des recherches bibliographiques, pour lesquelles on a pris la précaution
de ne considérer que les conséquences de la consommation
excessive de sucre, sans interférence avec des substances associées
connues pour leur capacité à induire de réelles addictions
(comme la caféine ou la théobromine
), n'ont pas permis
de trouver une quelconque description de dépendance physique, ni
au sucre, ni au sucré.
De ce fait, on peut conclure que le sucre n'est pas de l'opium pour l'homme,
même si sa consommation excessive peut entraîner des effets
délétères significatifs. Pr. Marc FANTINO, Dijon.
L'info en plus :
Le Sénat a adopté le 14 novembre dernier un amendement qui
institue une contribution de 1 % sur le prix de vente hors taxe des boissons
sucrées, au profit des régimes obligatoires d'assurance
maladie. Cette mesure devrait concerner les boissons sucrées à
l'exception des eaux minérales aromatisées et des jus de
fruits.
Sources :
- www.gros.org
- www.futura-sciences.com
- www.egora.fr
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