La Cuisine Collective Magazine
[ Septembre 2010 - N°233 ]
 
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Existe-t-il des addictions au chocolat et au sucre ?
AMAC nutrition | La minute nutrition | Novembre 2007

La cinquième édition des Rencontres du Groupe de Réflexion sur l'Obésité et le Surpoids (GROS) s'est déroulée les 17 et 18 octobre. Nous en avons extrait pour vous deux interventions.

Quelques définitions
- Addiction : caractéristique comportementale qui se reconnaît à une envie constante et irrépressible, en dépit de la motivation et des efforts du sujet pour y échapper. Les addictions les plus courantes concernent des substances plus ou moins toxiques (caféine, nicotine, héroïne...). L'addiction à une activité serait liée à une libération d'endorphines par l'organisme. Lorsqu'elles sont libérées en forte quantité, elles peuvent créer un sentiment d'euphorie.

- Compulsion : force intérieure qui pousse à accomplir un acte, même s'il est désapprouvé.

- Dépendance : Le DSM IV, outil de classification utilisé pour définir précisément les troubles mentaux, comptabilise 7 signes : poursuite de la consommation malgré la conscience des problèmes qu'elle engendre, syndrome de sevrage en cas d'arrêt, incapacité à gérer sa propre consommation, efforts infructueux à la contrôler… L'apparition d'au moins 3 de ces 7 signes, sur une période d'un an, définit la dépendance.

- Substance psychoactive : substance qui agit sur le psychisme (le mental) en modifiant son fonctionnement. Elle peut entraîner des changements dans les perceptions, l'humeur, le comportement...

- Substance stupéfiante : substance psychotrope (qui agit sur le cerveau) dont l'usage répété conduit à une dépendance.

La chocolatomanie
La chocolatomanie peut se définir comme le besoin irrépressible de consommer une quantité importante de chocolat chaque jour. Le consensus minimal est de 50 g par jour. Ce sont les femmes qui représentent plus des trois quarts des sujets concernés dans les études.
La majorité des chocolatomanes présentent des antécédents dépressifs. Ils déclarent que le chocolat augmente leur énergie, leur procure du plaisir et un sentiment de détente. Ils signalent également un effet anxiolytique. La population des chocolatomanes se distingue de celle des boulimiques par le fait qu'ils ont majoritairement un IMC normal, ne vomissent pas et conservent dans l'ensemble une structure " traditionnelle " de repas. La consommation de chocolat est vécue entre recherche de récompense et culpabilité.

Des travaux ont tenté de corréler les compulsions les plus fréquemment observées aux substances psychoactives du cacao. Il s'agit notamment de la tyramine, de la phényléthylamine ainsi que de la caféine et de la théobromine. Plusieurs conditions sont nécessaires pour que ces substances puissent jouer un rôle au niveau du cerveau.

- Elles doivent être présentes dans le cacao à dose stimulante, voire euphorisante.
- Les mêmes compulsions doivent pouvoir être observées avec tous les aliments qui les contiendraient et pas avec ceux qui ne les contiendraient pas.
- Les compulsions doivent pouvoir être réduites par l'ingestion des substances actives en l'absence de l'aliment (ici, le chocolat) pour lequel le sujet éprouve ces besoins compulsifs.
- Divers arguments plaident en faveur du caractère non addictif du chocolat .
- Le fait qu'il n'y ait que la caféine et la théobromine qui puissent atteindre le cerveau en quantité suffisante pour être psychoactives.
- Le fait que les substances psychoactives du chocolat soient présentes dans une grande variété d'aliments.
- Le fait que des capsules de placebo ne modifient pas davantage les compulsions au chocolat que la poudre de cacao prise isolément.
- ... En fin de compte, le chocolat reste mystérieux en raison de propriétés nombreuses et complexes. C'est un antidépresseur et un euphorisant léger. Il peut apporter du réconfort à des sujets fragiles qui connaissent une mauvaise passe. Accessible et anti-stress et d'un rapport coût-efficacité inégalable, il stimule nos systèmes de récompense, dopamine certes, mais aussi sérotonine et surtout endorphines.

En somme le chocolat a tout pour plaire, ce qui n'est pas étonnant pour un produit qui comporte plusieurs centaines de composants !
Comme le disait un anonyme : " le chocolat est meilleur marché qu'une thérapie et on n'a pas besoin de rendez-vous ". Docteur Bernard WAYSFELD, Paris.

Existe-t-il des addictions au sucre ?
Le sucre ou les sucres, le saccharose, le glucose ou tout autre mono- ou disaccharide à saveur sucrée sont fondamentalement différents des substances stupéfiantes classiques. Ce sont des produits alimentaires indispensables au maintien de la vie, tant par leur action métabolique que leurs effets sensoriels. La saveur sucrée est notamment incontournable pour l'acquisition des préférences et des apprentissages qui président à l'organisation du comportement alimentaire dans sa fonction régulatrice de l'équilibre énergétique.

Donc, s'il y a une addiction au sucre, serait-elle nécessaire voire obligatoire car indispensable à l'homéostasie nutritionnelle de l'homme ? Des études ont été faites chez l'animal de laboratoire. Elles renforcent l'hypothèse que la consommation de grandes quantités de sucres par des rats favorise l'établissement d'un état d'addiction. Cependant, comme souvent en science, la possibilité d'induire une addiction au sucre chez l'animal a été contestée par d'autres chercheurs. Chez l'homme, en analysant les critères de la dépendance tels que définis par le DSM IV, on peut marginalement admettre que dans quelques cas, un attrait excessif pour des produits sucrés puisse se rapprocher d'une certaine dépendance. Ce point de vue est cependant contestable. En effet, peut-on assimiler le risque de surcharge pondérale, que comporte indubitablement une consommation excessive de boissons sucrées, à "l'altération du fonctionnement corporel ou à une souffrance clinique significative" qui en résulte, et caractérise normalement la dépendance aux substances stupéfiantes ? Des recherches bibliographiques, pour lesquelles on a pris la précaution de ne considérer que les conséquences de la consommation excessive de sucre, sans interférence avec des substances associées connues pour leur capacité à induire de réelles addictions (comme la caféine ou la théobromine…), n'ont pas permis de trouver une quelconque description de dépendance physique, ni au sucre, ni au sucré.

De ce fait, on peut conclure que le sucre n'est pas de l'opium pour l'homme, même si sa consommation excessive peut entraîner des effets délétères significatifs. Pr. Marc FANTINO, Dijon.

L'info en plus :
Le Sénat a adopté le 14 novembre dernier un amendement qui institue une contribution de 1 % sur le prix de vente hors taxe des boissons sucrées, au profit des régimes obligatoires d'assurance maladie. Cette mesure devrait concerner les boissons sucrées à l'exception des eaux minérales aromatisées et des jus de fruits.

Sources :
- www.gros.org
- www.futura-sciences.com
- www.egora.fr


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