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La cuisson du chou-fleur. Les uns ajoutent du pain à l'eau de cuisson, les autres du citron, les troisième de la farine ou du lait... bref les pratiques concernant la cuisson du chou-fleur sont innombrables. Mais sont-elles fondées ? Après en avoir présenté quelques-unes, Hervé This passe aux expériences sur le chou-fleur menées dans le cadre de ses Séminaires de gastronomie moléculaire. Les discussions passionnent et les résultats sont sur la bonne voie... Les mois passent et je ne tiens pas la promesse faite aux lecteurs de La Cuisine Collective, de rendre régulièrement compte des Séminaires de gastronomie moléculaire. L'idée de ces séminaires, je le rappelle, est de réunir des cuisiniers et des scientifiques afin d'examiner les pratiques culinaires, mises en uvre par les professionnels ou consignées dans les ouvrages de cuisine. L'emphase n'est pas le produit, mais le geste essentiel du cuisinier : transformer des ingrédients pour préparer des plats. Ce mois-ci, je reviens à la description promise. En la rédigeant,
j'y vois une difficulté : des questions examinées lors d'un
séminaire sont ensuite explorées par les participants dans
leur cuisine ou dans leur laboratoire, et c'est dans les séminaires
ultérieurs qu'ils rapportent les résultats obtenus. Faut-il,
pour rapporter ces séminaires, évoquer les discussions telles
qu'elles se sont réellement tenues, ou bien faut-il regrouper,
pour chaque livraison de La Cuisine Collective, tous les résultats
relatifs à l'une des questions traitées ? Partons de ce dernier, qui mentionne que l'on distingue : les légumes qui peuvent être cuits un peu fermes (concombres, asperges en petits pis, asperges en branches, petites carottes nouvelles, haricots verts, petites fèves des marais, navets nouveaux) ; les légumes qui reçoivent leur cuisson à point par le blanchissage (asperges, petits pois, haricots verts, choux de Bruxelles, épinards, chicorée), les légumes qui demandent à recevoir seulement quelques bouillons à l'eau bouillante salée (carottes, navets, céleris, cardes, petits radis, laitues, choux), on les rafraîchit ensuite en les égouttant de l'eau bouillante pour les faire baigner à l'eau froide ; puis on les égoutte et on les fait cuire dans un consommé ou dans des fonds ; les légumes qui se cuisent à l'eau bouillante seulement, mais alors on y met du beurre et du sel (choux-fleurs, haricots blancs nouveaux, pommes de terre, salsifis) ". Ainsi, selon le grand Carême, le chou-fleur se cuit à l'eau bouillante avec beurre et sel. Continuons avec Jules Gouffé (1807-1877), qui mentionne, dans son remarquable Le livre de cuisine : " Jetez chaque morceau de chou-fleur dans une terrine d'eau froide où vous aurez mis un demi-décilitre de vinaigre. On est sûr, en employant ce procédé, de faire sortir les vers ou les chenilles qui pourraient se trouver à l'intérieur du légume ". Puis continuons par ordre chronologique : E. Dumont, dans La bonne cuisine,
recommande " qu'ils baignent complètement pendant leur cuisson
; sans cela ils noirciraient " ; ou bien encore, " il suffit
de mettre un morceau et demi de pain enveloppé dans un petit linge
fin [pour enlever l'odeur forte du chou-fleur] ; retirez après
1/4 d'heure dans l'eau qui cuit les légumes ". Assez pour les livres anciens. Examinons des textes plus récents. Par exemple, la revue Cuisine de saisons reprend de vieux conseils : " Pour diminuer l'odeur du chou pendant la cuisson, vous pouvez ajouter un quignon de pain dans l'eau ". Laura Fonty, dans ses 1 000 trucs de grand-mère, donne un truc différent : " Il [le chou fleur] restera bien blanc pendant la cuisson si vous ajoutez un peu de lait dans l'eau. [...] Ajoutez une cuillerée de vinaigre ou de jus de citron à l'eau de cuisson, le chou-fleur sera plus blanc et l'odeur pendant la cuisson moins agressive. Il faut savoir que plus il est cuit et plus il est odorant. [...] Une tranche de pain ou une biscotte ajoutées à l'eau de cuisson absorbent les odeurs désagréables ". Sans citer tous les textes, je donne maintenant d'autres conseils glanés
ça et là. Certains livres conseillent de blanchir les choux-fleurs
à l'eau bouillante salée avant de les cuire : le blanchiment
fixerait les arômes, ramollirait les fibres et permettrait de conserver
la couleur blanche (à condition de rafraîchir très
vite). D'autres proposent de cuire les choux-fleurs deux fois afin d'éviter
une trop forte odeur soufrée. Ou bien, pour éviter les odeurs,
on devrait cuire le chou-fleur avec une croûte de pain pour éviter
les odeurs. Le jus de citron, lui, conserverait la couleur blanche du
légume : les participants du séminaire n'ont pas manqué
de remarquer que l'eau additionnée de jus de citron est un blanc
à champignon sans le beurre. Des praticiens conseillent de cuire
le chou-fleur à l'anglaise (eau bouillante salée), et certains
insistent pour ne jamais cuire le chou-fleur avec départ à
l'eau froide. On le voit, les lecteurs de La Cuisine Collective qui n'ont pas la possibilité
de participer au Séminaire, à Paris, peuvent y contribuer
en refaisant certaines expériences, ou des expériences complémentaires.
La règle est que les résultats qui nous seront transmis
seront ensuite présentés au Séminaire, soit par la
personne qui les a obtenus, soit par moi-même ; puis, ils seront
intégrés aux comptes rendus, lesquels sont largement diffusés.
A noter que ces comptes rendus n'engagent que ceux qui les produisent,
contrairement aux textes publiés dans les journaux scientifiques,
qui sont toujours évalués par des " rapporteurs "
avant publication. Dans le premier cas, la cuisson a duré 23 minutes, l'ébullition
étant atteinte après 15 minutes : la couleur ne changeait
pas, la masse des La présence de bons spécialistes de la chimie des aliments,
à nos groupes de travail, contribue à faciliter l'interprétation
des résultats. Ainsi Hubert Richard, professeur de chimie des arômes
à l'Ecole nationale des industries agro-alimentaires, à
Massy, a fait remarquer que les odeurs de chou-fleur apparaissent quand
les cellules sont dégradées par la cuisson, et qu'elles
libèrent alors leur contenu ; les molécules soufrées
formées se fixent sur les protéines. Ce qui expliquerait
la faible odeur dans le lait. Enfin, la présence de personnalités d'horizons variés
élargit les discussions. Ainsi, des représentants du groupe
Avenance ont signalé qu'ils cuisent le chou-fleur en autoclave
sous pression pendant 35 secondes, à 2,5 bars. Des agronomes ont
évoqué l'influence des conditions de culture et, notamment,
de la culture biologique. Le chou-fleur serait un de ces végétaux
qui absorbent beaucoup de composés présents dans le sol.
Dans des sols engraissés au lisier de porc, les choux-fleurs auraient
des odeurs puissantes (à vérifier). Philippe Verger, de
la Direction scientifique " Nutrition humaine et sécurité
des aliments " de l'Institut national de recherche agronomique (INRA),
a signalé que, lors de comparaisons de légumes bio et non
bio, on n'a pas vu de différences sensorielles, dans les gammes
identiques. |
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Pour participer aux séminaires d'Hervé
This
Devant le courrier de nos lecteurs, qui nous demandent des renseignements sur la façon de participer aux séminaires d'Hervé This, nous précisons qu'il faut contacter ce dernier soit par e-mail : HThis@college-de-france.fr, soit en lui écrivant :Groupe INRA de Gastronomie moléculaire, Laboratoire de chimie des interactions moléculaires (Prof. Jean-Marie Lehn), Collège de France - 11, place Marcelin-Berthelot, 75005 Paris. |