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La gastronomie moléculaire peut-elle aider la cuisine à passer les 35 heures ? Pour répondre à cette question, Hervé This prend l'exemple du pot-au-feu, un plat traditionnel qui mettait des heures à cuire. Peut-on réduire ces délais de cuisson tout en obtenant un bon résultat gustatif ? Et comment faire ? Sans apporter de réponse définitive, Hervé This suggère au cuisinier de s'interroger sur la méthode employée afin de l'optimiser. Il faut chercher à savoir quel est le temps de cuisson idéal. Faut-il cuire à feu progressif ou radical ? Personne n'a jamais apporté de réponses sur ces sujets. Pour goûter et en tirer des conclusions, il faut de la même manière éviter de s'en remettre au hasard et adopter une méthodologie précise. Voilà autant de paramètres à prendre en compte. Les 35 heures sont donc possi- bles avec la gastronomie moléculaire mais à une condition : continuer la recherche. Je sais, je suis en retard d'un mois sur le thème, mais j'ai aussi le sentiment que le problème ne se réglera pas en un mois. Passer le cap des 35 heures ! Pour la cuisine, collective ou non, le
problème est de taille. La " gastronomie moléculaire
" peut-elle contribuer à aider les équipes dans cette
nouvelle voie ? Regardons un exemple, et cherchons un peu de rationalité dans
ce monde complexe. Imaginons d'abord un repas dont la pièce principale
est un pot-au-feu : une rationalisation est-elle possible ? Comment le fait-on ? Observons immédiatement que les recettes diffèrent, et les goûts aussi. Une première question serait de savoir si, à qualité de viande identique, les bouillons diffèrent selon les procédés. Les cuisiniers auteurs de livres de cuisine le disent, mais qui a fait la comparaison ? Qui d'entre nous a, par exemple, cuit une viande dans de l'eau pendant 3 heures, conservé un peu du bouillon obtenu, poursuivi la cuisson une heure pour le reste du bouillon, pris un autre échantillon, poursuivi la cuisson une heure de plus, et ainsi de suite ? Qui a, ensuite, les yeux bandés et en suivant un protocole d'évaluation sensorielle soigneux, testé les échantillons récupérés à l'issue des différents temps de cuisson ? Je vous invite évidemment à effectuer ce test très important, en indiquant la méthode pour le test. Pour comprendre pourquoi la méthodologie de comparaison est importante, la première précaution à prendre est de ne pas savoir à l'avance le résultat : si nous savons qu'un bouillon que nous dégustons est cuit départ à l'eau froide et que nous pensons que ce départ à l'eau froide est un meilleur procédé que le départ à l'eau chaude, il y a de fortes chances que nous jugerons le bouillon départ à l'eau froide meilleur que l'autre. Il faut aussi faire attention aux effets visuels. Ainsi des chercheurs de l'Institut national de recherche agronomique (INRA) ont fait l'expérience, il y a plusieurs années, de faire goûter un vin blanc et un vin rouge à des personnes qui ne voyaient pas la couleur des vins : les dégustateurs n'ont pas été capables de reconnaître le vin blanc et le vin rouge ! Plus récemment, Gil Morrot, à la Station INRA de Montpellier, et Frédéric Brochet, à la Faculté d'nologie de Bordeaux, ont coloré un vin blanc en rouge, puis ils ont vérifié que le goût du vin blanc n'était pas changé. Enfin, ils ont fait comparé le vin blanc initial, resté blanc, et le vin blanc coloré en rouge, à des étudiants en nologie : ces derniers ont utilisé des descripteurs de vin rouge (arôme de groseille, arôme de réglisse, arôme de tabac ) pour le vin blanc coloré en rouge, et des descripteurs de vin blanc (floral, arômes d'agrumes ) pour le vin blanc resté blanc. Autrement dit, nous sommes influencés par la vue et, pour juger les bouillons, il serait préférable de les juger les yeux bandés. Suffira-t-il de les goûter une fois pour avoir un jugement fiable ? Certainement pas. Pour le comprendre, il suffit d'avoir une pièce de monnaie. Nous savons tous que la pièce, en moyenne, tombera autant de fois sur pile que sur face : cela signifie que si on lance la pièce un très grand nombre de fois, par exemple un million de fois, elle tombera sur pile un nombre de fois voisin de 500 000. Oui, mais je fais l'expérience, et j'obtiens (pour écrire ce paragraphe, je lance vraiment une pièce) : pile (P), P, face (F), P, P, F, P, P, P, P, F, P. A ce stade, arrêtons-nous et comptons : 9 fois pile, pour 3 faces
seulement ! La pièce est-elle truquée ? Non, mais le hasard
a conduit à ce résultat. D'ailleurs, nous aurions pu tout
aussi bien obtenir 12 fois pile, ou bien 12 fois face, ou bien une alternance
précise de pile et de face. Qu'en conclure ? Que si vous goûtez
une fois seulement deux bouillons identiques, vous risquez de trouver
une différence qui n'existe pas, même si vous êtes
de bonne foi. Revenons maintenant à la préparation du bouillon. Les cuisiniers du passé ont écrit des pages nombreuses sur la meilleure procédure. Ils ont dit qu'il fallait placer la viande dans l'eau froide, qu'il fallait chauffer très doucement, qu'il fallait écumer, que le bouillon ne devait que frémir, que l'on devait provoquer la sortie d'une seconde écume en ajoutant un peu d'eau froide une fois la première écume enlevée, que la marmite devait être couverte, avec un espace de deux doigts à côté du couvercle, que la cuisson devait être de trois heures (pour certains, quatre ; pour d'autres, six). Bref un bouillon n'est bon, semble-t-il, qu'au prix d'un travail considérable,
et l'on a le sentiment que ce bon bouillon est perdu pour le monde d'après
les 35 heures. Est-ce exact ? Je dois avouer que je n'ai pas la réponse à ces questions
et que je n'ai pas vu d'articles scientifiques donnant non plus la réponse.
Que faire alors ? Progresser lentement. Nous avons vu, dans le dernier numéro, que les viandes cuites départ eau froide et les viandes départ eau chaude perdent finalement autant. Ce que je n'ai pas dit, c'est que les viandes cuites à forte ébullition semblent conduire à un bouillon plus trouble. D'où la nécessaire clarification. Comment la faire ? Traditionnel-lement, on ajoute au bouillon refroidi
des blancs d'ufs, éventuellement accompagnés de coquilles,
de légumes ou de viande hachée, puis on chauffe doucement
et on filtre sur un chinois garni d'un linge. Étrange opération
: comme la clarification fait perdre du goût, on ajoute des matières
qui en redonnent. Oui, mais pourquoi s'être donné tant de
mal pendant tant de temps pour finalement enlever du goût et en
remettre ? Travail d'ailleurs le mot est vite dit, car un chauffage de la marmite sur une plaque électrique parfaitement régulière résout le vieux problème de l'entretien du feu. Autrement dit, le bouillon d'aujourd'hui est de confection rapide : il suffit de se préoccuper du début de l'opération, du réglage de la puissance de chauffe, et de la fin de l'opération. Nous sommes donc sur la bonne voie, car, au total, nous avons réduit les heures de travail indispensables naguère à quelques brèves minutes. Peut-on encore progresser ? Il faudrait savoir si l'échauffement initial doit ou non être progressif : si le bouillon est effectivement meilleur quand l'échauffement est progressif, le cuisinier reste collé au fourneau jusqu'à la mise à ébullition, soit pendant une heure environ à moins que nous ne demandions aux fabricants d'ap-pareils de cuisson un système qui commande automatiquement cet échauffement progressif. Observons au passage que seule l'analyse de la recette, seule l'exploration rationnelle du procédé de transformation culinaire, permet de prendre notre destin en main, en réclamant les outils du passage aux 35 heures. Si nous nous contentons de répéter des gestes qui datent du Moyen Âge, nous devrons travailler comme en ces temps, et la profession de cuisinier restera handicapée. Continuons de réfléchir : combien de temps cuire ? Je vous
ai avoué que je n'en savais rien, mais n'est-il pas temps de lancer
l'étude ? D'ailleurs, il n'est pas interdit de trancher le nud
gordien, et de chercher de tout autre moyen de procéder que ceux
qui ont été transmis de génération de cuisinier
en génération de cuisinier : le goût d'un bouillon
fait à partir de viande hachée diffère-t-il vraiment
de celui d'un bouillon fait à partir de morceaux entiers ? Ce type
de question mérite une analyse, de même que l'influence de
la température de cuisson. Bref, il faudra explorer la confection
du bouillon pour avoir une chance d'en modifier le procédé
en connaissance de cause. Je vous ai déjà exprimé mon étonnement à propos de la méthode ancienne parce que la chimie a des propositions à faire. Certes, on peut " gâcher " des blancs d'ufs et procéder à la traditionnelle clarification, afin d'obtenir un bouillon clair (et il est exact qu'un bouillon limpide est bien supérieur, du point de vue gastronomique, à un bouillon trouble), mais pourrait-on trouver un moyen de gagner à la fois en temps de clarification, en prix d'ufs, en goût ? La réflexion que je propose d'avoir est celle du matériel. Je crois avoir déjà écrit, dans La Cuisine collective, que la chimie dispose d'outils que la cuisine n'a pas alors que les deux activités sont cousines : la chimie comme la cuisine chauffe, divise, sépare, réunit, mélange Pourquoi, alors, les laboratoires ne ressemblent-ils pas à des cuisines ? Dans le temps, la ressemblance était parfaite, mais les chimistes, qui n'avaient pas de raison de respecter des traditions, ont osé chercher des matériels qui effectuaient de façon optimale les opérations que font aussi les cuisiniers. Pour filtrer, ils ont abandonné le chinois et le linge mouillé, et ils ont inventé des filtres de divers types. Par exemple, ils utilisent quotidiennement des sortes d'entonnoirs dont le fond est en verre fritté : du verre broyé et aggloméré, de sorte que les trous soient de taille précisément contrôlée et en tout cas inférieure au diamètre des particules qui troublent les bouillons. Ces entonnoirs sont placés sur des récipients où des systèmes font le vide : de la sorte, le liquide placé dans l'entonnoir est automatiquement aspiré par le vide dans le récipient inférieur, tandis que les moindres particules troublantes sont arrêtées par le filtre. De la sorte, l'opération de filtration est accélérée,
en même temps qu'elle est perfectionnée. N'est-il pas temps
que les cuisiniers, aussi, bénéficient de ces systèmes
? Ils ne les auront toutefois que s'ils les demandent aux fabricants.
Tant que le monde de la cuisine supportera de cuisiner comme on l'a toujours
fait, il devra utiliser les outils qu'il a toujours utilisés. Mais
imaginons que tous les cuisiniers de notre pays s'allient pour faire des
demandes claires à des fabricants, qu'ils réclament des
matériels adaptés à leurs besoins, alors je prends
le pari que les fabricants, face à la perspective de vendre des
matériels réclamés, satisferont les demandes. Le 21 mars, à l'École supérieure de cuisine française, notre hebdomadaire Séminaire de Gastronomie moléculaire sera particulier : au lieu de durer deux heures (il se tient tous les troisièmes jeudis du mois de 16 à 18 heures), il durera une journée entière, et se préoccupera de matériels. De quel matériel avons-nous besoin ? Qu'avons-nous aujourd'hui ? Le matériel actuel nous satisfait-il ? Avons-nous besoin de matériels que nous n'avons pas ? Ces questions sont graves, parce qu'elles conduiront peut-être à des modifications des façons de travailler et donc, aussi, des résultats. Il serait catastrophique que, pour des raisons de rationalisation et d'économie, la qualité culinaire diminue ! Dans le cas particulier de la filtration, nous avons déjà eu l'occasion de vérifier que le procédé " chimique " de filtration donne de meilleurs résultats que le procédé classique, et je n'hésite pas à vous inviter à changer. Mais les méthodes anciennes, les procédés anciens, les pratiques anciennes, les recettes anciennes ne devront être modifiées qu'avec circonspection. Un travail s'impose de comparaison des procédés. Les innovations qui conduisent à une dégradation de la qualité devront être laissées dans les tiroirs, et seules celles qui conduisent à des perfectionnements réels devront être adoptées. Quel organisme fera le tri ? On le voit, le passage aux 35 heures et, plus généralement, un allégement de la charge de travail des cuisiniers impose une recherche. Cette recherche pourrait n'être que technologique, mais les travaux des dernières années ont toujours montré que les études scientifiques sont plus fécondes que les études trop appliquées. A côté des perfectionnements techniques, conservons cette exploration fondamentale qui irrigue la technologie. Et c'est ainsi que la cuisine est belle ! L'exposition " Les enfants du goût" Du 3 au 7 avril 2002 dans les jardins du Luxembourg à Paris, se
tiendra une exposition intitulée "Les enfants du goût".
Une exposition destinée à des enfants de 4 à 12 ans.
Sous un chapiteau de 1400m2, enfants mais aussi parents et enseignants
pourront découvrir les clés d'une alimentation équilibrée,
fabriquer du pain, reconnaître différentes variétés
de poissons, découvrir la saisonnalité des fruits et légumes...
Des jeux et plus de 50 ateliers d'apprentissage, menés par des
animateurs professionnels, proposent de sensibiliser les enfants aux grands
thèmes de l'alimenation : l'origine des produits, les modes de
conservation, les grandes familles d'aliments... Cette exposition est
organisée sous le haut patronage du Sénat, sous le contrôle
du CFES (Comité Français d'Education pour la Santé)
et grâce à la participation des principales collectives alimentaires
françaises, des institutions et des entreprises concernées
par l'alimentation de demain. Les organisateurs sont partis du constat
que l'obésité chez les enfants était trop importante
en France pour rester les mains dans les poches. Selon l'Inserm, en effet,
en France, 14% des enfants sont en surpoids, soit trois fois plus qu'il
y a 10 ans, et 12% peuvent être qualifiés d'obèses.
Aux Etats-Unis, ce constat est plus alarmant encore puisque 20% des enfants
de 6 à 11 ans sont obèses. Pour prévenir l'obésité
des enfants, il y a des règles d'or à suivre. Les parents
et les responsables de la restauration collective ainsi que les enfants
eux-mêmes pourront les découvrir en se rendant à l'exposition.
Pour prévenir ce phénomène, il faut aussi connaître
les principales familles d'aliments et leur intérêt. Ce sera
tout l'objectif des ateliers : produits de la pêche, eau, viande,
fruits et légumes, pain... autant d'ateliers pédagogiques
qui permettront à l'enfant, prescripteur dans ses choix alimentaires
à 49%, de mieux connaître son alimentation. Attention, pour
les écoles et les groupes, il faut prendre rendez-vous. Tél
: 01 58 36 62 17. Pour plus de renseignements : www.les-enfants-du-gout.com.
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