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LES MASSAGES
Les massages
J'espère que l'on ne pensera pas, ici, à
cette pratique paramédicale qui consiste à manipuler le
corps en vue de l'assouplir ou autres. Non, il s'agit évidemment
de ces transformations culinaires qui, bien souvent, sont associées
à des échecs : dans le chocolat, les sirops
Pourquoi
se rencontrent-ils ? La question a fait l'objet d'un des Séminaires
INRA de gastronomie moléculaire
avec des expérimentations
pas toujours convaincantes. En effet, les séminaires commencent
généralement par un test expérimental des effets
que nous voulons analyser. Si le massage du chocolat est sans difficulté,
celui du sucre pose plus de problèmes. Examinons les deux cas.
LA BEAUTÉ INVISIBLE DU CHOCOLAT
Prenons une casserole, mettons-y du chocolat et chauffons doucement. Le
chocolat fond, parce qu'il est composé d'une forte proportion de
graisses. Dans le chocolat fondu subsistent les grains de sucre, très
fins si le " conchage " a été bien fait, et les
matières végétales
Oups, nous sommes allés
trop vite. Repartons du chocolat, qui se produit à partir de fèves
de cacao, que l'on transforme. Dans ces fèves, il y a la graisse
mentionnée précédemment, ou beurre de cacao, et des
matières végétales, que l'on fait réagir biochimiquement
puis chimiquement, lors de la fermentation puis de la torréfaction.
D'où la couleur et le goût unique du chocolat. La graisse
? C'est de la graisse, tout comme celle de l'huile,ou du beurre. La preuve
que le chocolat en contient? Si nous ajoutons du beurre à du chocolat
fondu, les deux matières se mélangent sans aucune difficulté.
D'ailleurs, de l'huile, également, peut se mélanger. C'est
cette possibilité qui est à l'origine de la proposition
européenne de mêler jusqu'à cinq pour cent de matières
grasses provenant d'autres produits que le cacao dans le chocolat; l'addition
n'est pas condamnable, en soi, mais c'est la possibilité de conserver
l'appellation " chocolat " qui l'est alors. La base du commerce
ne doit-elle pas être la loyauté, la franchise ? Autrement
dit, on doit dire ce que l'on vend? Si le chocolat est additionné
de matières grasses ne provenant pas du chocolat, cela doit être
clairement indiqué, afin que l'acheteur puisse faire la différence
avec du chocolat où la seule graisse est celle du cacao
car
il existe des différences gustatives. En effet, la graisse, qu'elle
vienne de baleines, de palmiers,de noisettes, de pistaches, de noix, de
pépins de raisin,de cacao ou de vaches, est toujours faite de molécules
analogues à des peignes à trois dents. Le manche, c'est
le glycérol, anciennement nommée glycérine (par le
chimiste angevin Michel-Eugène Chevreul qui fonda la chimie des
graisses); et les trois dents sont des acides gras. Une erreur à
ne pas commettre: croire qu'il y a des acides gras dans la graisse. En
effet, une fois que les acides gras ont réagi avec le glycérol
pour faire des " triglycérides ", ni le glycérol
ni les acides gras ne sont présents: leurs atomes ont été
remaniés, réorganisés, lors de la réaction,
même si l'on retrouve une partie de leur organisation dans les molécules
finales. Pour être plus précis, d'ailleurs, j'aurais dû
écrire que les molécules qui composent les graisses, ou
triglycérides, sont faites d'un résidu glycérol et
de résidus d'acides gras
mais ce sont là des subtilités
de chimistes. Poursuivons. Poursuivons en disant que, dans les graisses,
les résidus acides gras peuvent être variés : il y
a des peignes à trois dents avec des dents de différentes
sortes et,même dans un peigne, les dents sont généralement
différentes. C'est pour cette raison que les graisses fondent progressivement,
au lieu de fondre à une température particulière,
comme le fait un glaçon d'eau, à la température de
0 degré. Le beurre, par exemple, commence à fondre vers
-10 °C, et finit de fondre vers 50 °C. Comment, le beurre fondrait
à partir de -10 °C ? Oui, mais cela ne se voit pas avec les
yeux, mais seulement par des mesures de la " dureté "
du beurre : la partie fondue est dans la masse.Mieux encore, à
la température habituelle de consommation du beurre, soit vers
20 °C, le beurre contient environ la moitié de sa masse sous
la forme liquide, et l'autre moitié sous la forme solide. Le liquide
étant piégé dans le solide, le beurre ne coule pas
Et le chocolat, dans cette histoire? Il est comme le beurre, mais avec
une composition en triglycérides bien différente. En effet,
le beurre de cacao est formé d'un petit nombre de " dents
", pour les molécules peignes, ce qui fait qu'il fond dans
une gamme bien plus réduite: il est juste de dire qu'il fond dans
la bouche, à 37 °, mais pas dans la main,à moins de
34 °.Et voilà pourquoi l'ajout de matières grasses qui
ne viennent pas du cacao change quelque chose: ces matières grasses,
si elles n'ont pas la même composition chimique que le beurre de
cacao, donneront une sensation gustative différente. Notamment,
elles feront perdre cette sensation de fraîcheur que donne la consommation
du chocolat : en bouche, la fusion du chocolat s'accompagne de l'absorption
de chaleur, laquelle est fournie par la bouche, qui se refroidit en conséquence.
J'avais aussi promis d'évoquer le conchage: c'est une opération
qui consiste à mêler le sucre au chocolat. Il y faut du soin,
parce que le sucre, qui se couvre facilement d'eau quand il est laissé
à l'air, n'a pas de raison particulière de se mêler
au chocolat qui est du gras en première approximation. D'où
cette opération importante, s'opérant généralement
avec des meules qui doivent tourner longuement, afin de bien répartir
le sucre, mais aussi, pour diviser les grains et les faire si petits qu'ils
n'apparaîtront pas en bouche. L'opération est facilitée
par des " lécithines ", dont le nom doit donc figurer
sur les emballages. Des lécithines ? Ce sont des molécules
originales, composées de deux des mêmes dents que les triglycérides,
mais avec une tête liée à ces deux pattes au lieu
d'avoir un manche. Les lécithines ne sont pas des molécules
très " exotiques ", parce que, si l'industrie utilise
le plus souvent celles du soja, faciles à extraire, il y en a une
quantité importante dans le jaune d'uf
et dans notre
corps: nous sommes faits de cellules vivantes, limitées par des
membranes
qui sont précisément composées de
phospholipides.

© LA GRANDE FÊTE DU CHOCOLAT
ET LE MASSAGE ?
Et le massage du chocolat, dans toute cette affaire ? Si le chocolat n'était
fait que de graisses, il n'aurait pas lieu, à moins que l'eau froide
ajoutée ne refroidisse la graisse fondue et provoque la transition,
de 37 à 34 °C, par exemple.Toutefois, ce massage a parfois
lieu (pas toujours) alors qu'une simple goutte est ajoutée au chocolat
fondu. C'est alors une terrible catastrophe, car la masse du chocolat
massé occupe la casserole et se redisperse très difficilement.
Pis encore, il attache et brûle si l'on pousse le chauffage. Pourquoi
ce massage ? Parce que certains chocolats contiennent des protéines
qui, telles les protéines du gluten dans le pain, font un réseau
en présence d'eau
et ce réseau " solidifie "
le mélange.Le phénomène est mal connu
mais
tous ceux qui ont manipulé du chocolat le redoutent. A propos,
pourquoi peut-on faire des émulsions de chocolat, en mettant du
chocolat dans l'eau, sans craindre le massage ? La réponse est
simple : si l'on part d'eau, que l'on chauffe en ajoutant du chocolat,
le chocolat qui fond se disperse en nombreuses gouttelettes microscopiques,
chacune dans l'eau, sans possibilité de réagir.Mais attention
à la limite fatidique des 95% de matière grasse, qui, comme
pour une mayonnaise, correspond au moment où l'émulsion
" s'inverse ", c'est-à-dire que, de gouttes de graisse
dans l'eau on passe à des gouttes d'eau dans la graisse fondue,
non sans inconvénient, généralement. Bref, le chocolat
masse si l'on n'y fait pas attention, si l'on fait des mélanges
sans comprendre ce que l'on fait : de quoi militer en faveur d'un enseignement
professionnel fondé sur une compréhension des phénomènes,
non? Et puis, un dernier mot à propos du chocolat : ne soyons pas
hypocrite en parlant sans cesse d'aliments santé, de régime
quand nous aimons le chocolat, car en première approximation, ce
n'est quand même que du beurre de cacao et du sucre!
LE DIFFICILE PROBLÈME DU SUCRE
Et pour le sucre? Cette fois, le problème semble plus simple, parce
que le sucre n'est composé que de sucre.Mieux encore, le sucre
de table, blanc, est l'un des produits alimentaires les plus purs, avec
une pureté de plus de 99,9 % ! La molécule de saccharose
(les Anglo- Saxons disent sucrose pour des raisons qui tiennent à
l'histoire de la chimie
mais c'est là une autre histoire)
est faite de deux moitiés qui sont un résidu de glucose,
et un résidu de fructose, deux sucres simples tels qu'ils s'en
rencontrent dans de nombreux fruits et légumes (notamment les carottes
contiennent une grande quantité de glucose, fructose et saccharose).
Quand ce sucre est chauffé, avec ou sans eau, il " fond ",
encore que le terme soit mal approprié, parce que l'on devrait
plutôt dire qu'il se dissout dans l'eau: l'eau ajoutée,quand
on en a ajouté pour faire un sirop, ou l'eau qu'il contient, parce
que, comme nous l'avons dit, le sucre est comme le sel: " hygroscopique
", ce qui signifie qu'il capte l'eau ambiante. La température
d'un sirop dépend de sa composition, et notamment de la proportion
d'eau qui subsiste.Par exemple, un sirop à 140 °C contient
moins d'eau qu'un sirop à 120 °C. Pour comprendre la question
du massage du sucre, il faut ajouter que tant que la température
est inférieure à 140 °C environ, le saccharose du sirop
est peu modifié, dans les conditions habituelles.En revanche, quand
le sucre est cuit avec un acide (jus de citron, vinaigre
), il se
transforme, à savoir que ses deux moitiés se dissocient,
ce qui libère du glucose et du fructose dans l'eau, en plus du
saccharose. Coup de chance pour le cuisinier (ou le pâtissier, mais
je ne fais pas beaucoup de différence entre les deux métiers,
pardonnez-moi): le glucose est un anti-cristallisant ! Et puis, quand
on pousse le chauffage, les réactions chimiques deviennent beaucoup
plus vigoureuses et la caramélisation a lieu. Je propose que nous
réservions ce difficile sujet pour une autre fois. Le massage,
dans cette affaire? Il se produit le plus souvent quand on chauffe un
sirop un peu mollement et que du sucre vient cristalliser sur les bords
de la casserole, qui a été agitée, par exemple. Pour
peu que de ces cristaux retombent dans la casserole, où le sirop
est alors très concentré, il peut se produire une cristallisation
de la masse
parce que la concentration en sucre est plus grande
que celle que la quantité d'eau supporterait ! Le remède?
Cuire le caramel rapidement, ou bien ne pas faire tomber les cristaux
dans la casserole, ou bien éviter leur formation, notamment à
l'aide d'un pinceau mouillé que l'on passe sur les bords. Reste
que, lors du séminaire, nous avons voulu voir ce massage
et que nous n'avons pas bien réussi ! Le séminaire a dérivé
sur la confection du sucre-rocher, et sur un tas de sujets voisins, mais
le massage, cette fois, avait décidé de rester caché.Merveille
des phénomènes encore trop mal connus : n'est-ce pas pour
cette raison, notamment, que la cuisine est belle ?
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LA QUESTION DES MARINADES IL Y EN A TROP
DE SORTES DIFFÉRENTES POUR QU'ON PUISSE FACILEMENT RÉGLER
LA QUESTION; QUEL BONHEUR !
La marinade
Opération ancienne, un peu dépassée,
semble-t-il, quoique
Il s'en trouve qui sont dites cuites,
d'autres qui sont dites crues, d'autres qui sont dites " instantanées
", d'autres qui sont dites " sèches "
De quoi s'agit-il, au juste? Quelle est l'action visée? Voilà
le type de questions qui sont examinées lors des Séminaires
de gastronomie moléculaire dont je rapporte ici les résultats
FORMULES EXPLIQUÉES
Le monde culinaire peine à utiliser des formules pour décrire
la constitution physique des mets. Allons-y donc doucement, car
nous sommes pressés; prenons le temps de bien comprendre
comment ces formules peuvent être utilisées
et
utiles en cuisine
POSEZ
VOS QUESTIONS À HERVÉ THIS SUR LE FORUM LA-CUISINE-COLLECTIVE.FR
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